Villes ODD : Tirer parti des capacités urbaines grâce à la collaboration nationale et locale.

Ministre Josué Rodrigue NGOUONIMBA

Mesdames, Messieurs,
Selon les données mondiales, les liens entre développement économique et développement urbain créent des interactions et des retombées positives au service de la productivité et du bien-être. C’est donc dire qu’une urbanisation bien planifiée est essentielle à la transformation structurelle des cités africaines pour l’atteinte des Objectifs du Développement Durable.

L’urbanisation étant un phénomène récent en Afrique, comparativement aux pays occidentaux, les gestionnaires des cités africaines disposent d’atouts leur permettant de mieux tirer parti des capacités urbaines. En effet, ces derniers, par le biais des politiques publiques urbaines volontaristes, ont la possibilité de capitaliser les bonnes pratiques des cités plus anciennes et d’éviter leurs erreurs.

Pour ce qui est de l’urbanisation en République du Congo, depuis deux décennies, la population urbaine congolaise est repartie sur six (06) centres urbains dont deux principaux (Brazzaville et Pointe-Noire) et quatre secondaires (Dolisie, Nkayi, Mossendjo et Ouesso). Cette population qui représentait 52% de la population totale en 1984, et 57% en 1996, s’est élevée à 60% en 2004. Ainsi, 6 personnes sur 10 vivent actuellement en milieu urbain au Congo. Et cette tendance devrait se poursuivre.

Cette évolution est due essentiellement à deux facteurs :

- l’extension spatiale de la circonscription administrative des villes notamment celles de Brazzaville et de Pointe-Noire par le processus de reclassement ;

- l’exode rural et l’accroissement naturel de la population.

Il conviendrait de mettre un accent particulier sur le phénomène de l’exode rural dont les principaux acteurs sont les jeunes, c’est-à-dire des individus potentiellement actifs économiquement. Brazzaville concentrant les principales universités et institutions de formation du pays, certains de ces jeunes sont sans instructions, d’autres étudiants à l’université. Certains autres sont diplômés sans emploi.

Mesdames, Messieurs,

Cela explique qu’au Congo, le milieu urbain présente les niveaux de chômage les plus élevés du pays depuis plusieurs années. De 18,4% en 1984 le taux de chômage urbain est passé à 30,2% en 2004. Avec la crise économique dans laquelle se trouve le pays depuis 2014, le taux de chômage oscille autour de 35%, mais aurait pu être plus élevé sans les efforts du Gouvernement.

Le chômage qui se présente comme un phénomène essentiellement urbain s’explique par l’attractivité de ces territoires n’offrant que très peu de perspectives d’emploi à ces masses de forces vives. Cependant, si l’exode rural contribue à gonfler les rangs déjà serrés de chômeurs, il offre également des opportunités de création de l’activité économique en milieu urbain.

En somme, il s’agit pour les décideurs de faire de l’exode rural non pas un handicap pour la zone rurale, mais un atout pour le développement urbain et un levier d’amélioration des conditions de vie des populations urbaines.

Pour ce faire, il faille des politiques publiques centralisées et territorialisées s’appuyant sur le capital territorial. Car, bâtir des « villes ODD », c’est-à-dire vertes, inclusives, saines, résilientes et durables, nécessite d’intenses efforts de coordination des politiques nationales et locales. Les autorités nationales et locales doivent impérativement prendre dès à présent des mesures afin de promouvoir la participation, la coordination et la concertation pour le développement durable de nos villes et communautés urbaines.

Le capital territorial, concept courant dans l’économie territoriale, associe trois dimensions du système territorial qui sont constitutives du potentiel de développement socio-économique : ressources matérielles et immatérielles du territoire, capital relationnel développé́ entre les individus impliqués dans les démarches de développement, gouvernance locale. Dans ces trois dimensions, le système territorial offre des atouts compétitifs qui favorisent les processus d’innovation par les acteurs socio-économiques à titre individuel ou collectif.

Le capital territorial, concept courant dans l’économie territoriale, associe trois dimensions du système territorial qui sont constitutives du potentiel de développement socio-économique : ressources matérielles et immatérielles du territoire, capital relationnel développé́ entre les individus impliqués dans les démarches de développement, gouvernance locale. Dans ces trois dimensions, le système territorial offre des atouts compétitifs qui favorisent les processus d’innovation par les acteurs socio-économiques à titre individuel ou collectif.

- Des populations jeunes, nombreuses quittent la zone rurale pour une vie meilleure. D’autres viennent en milieu urbain pour des raisons académiques. Ces jeunes représentent un capital humain important pour l’activité économique.
- Dans des contextes de politiques sociales locales insuffisamment structurées pour permettre la prise en charge et l’insertion socio-économique de cette jeunesse, il se développe çà et là une économie informelle permettant la survie de cette jeunesse.
- Il se développe un phénomène d’occupation de l’espace public par le commerce informel.

Mesdames, Messieurs,

Cette réalité est autant un problème qu’une opportunité de transformation de ce problème en solution par des politiques publiques actives à la fois gouvernementales et locales, notamment par des politiques fiscales rentabilisant le commerce formel qui pourrait être une des sources importantes de financement de la politique sociale et d’autres initiatives locales grâce à une fiscalité incitative, raisonnable et non dissuasive. Il s’agira, par exemple, de lutter contre les niches fiscales en mettant en place des taxes symboliques et forfaitaires sur toutes les activités non taxées. L’objectif, en filigrane, est de réduire au maximum l’activité économique informelle afin d’augmenter le nombre de contribuables locaux et de mobiliser des ressources nécessaires à la politique sociale locale.

Au bout du compte, les politiques urbaines nationales, les plans nationaux et locaux d’aménagement du territoire sont importants en ce sens qu’ils permettent non seulement à la structuration des villes de promouvoir un développement durable, mais aussi consacrent l’urbanisation comme un facteur clé de transformation des économies nationales et comme un outil efficace d’atténuation de la pauvreté.

Je vous remercie